À dire à l'oral

Le texte que nous allons étudier est extrait des Cahiers de Douai d'Arthur Rimbaud, poète du XIXe siècle et figure majeure du symbolisme. Ce recueil rassemble vingt-deux poèmes écrits entre 1870 et 1871. Dans ces textes de jeunesse, Rimbaud mêle l'héritage romantique à une révolte profonde contre la guerre, la religion et toute forme d'autorité.

À adapter selon le texte étudié
Problématique En quoi ce poème satirique est-il l'incarnation d'une double révolte contre la guerre et contre la religion ?
I
La description des horreurs de la guerre
v. 1–8
  • Le terme crachat modélise très péjorativement la guerre — positionné à la césure + allitération en [r] qui laisse entendre toute la dureté
  • Les crachats rouges de la mitraille : métaphore des balles tirées sur le champ de bataille
  • Perception sensorielle : vue (rouge, bleu, vert) et ouïe (sifflent)
  • Contraste rouge / bleu : rouge = colère, atrocités ; bleu = calme de la nature
  • Première moitié du 2e quatrain : destruction avec folie, épouvantable — la guerre est personnifiée, elle broie
  • Lexique du feu très présent : feu, fumant, encens
  • Vers 7–8 : rupture indiquée par le tiret — exclamation empathique Pauvres morts !
  • Personnification de la Nature apostrophée : Nature !, ta joie
  • Adverbe saintement annonce le deuxième mouvement
II
Critique de la religion
v. 9–14
  • Emploi de Un dieu et non Dieu → détachement vis-à-vis de la religion
  • Dieu rit — même attitude que le roi au début du texte → indifférence aux morts
  • Dieu s'endort face aux prières mais se réveille lorsqu'on lui donne de l'or → corruption de l'Église
  • Champ lexical du luxe : damassées, calices d'or → l'Église s'enrichit sur le malheur de la guerre
  • Antithèse pleurant / qui rit → contraste entre malheurs terrestres et indifférence divine
Conclusion

En faisant une peinture violente et accusatrice de la guerre, Rimbaud dénonce les folies meurtrières de l'Homme. Il dénonce également la religion, indifférente à ces horreurs et qui ne fait que s'enrichir sur le malheur qu'elle provoque.

Texte commun

Le texte que nous allons étudier est un extrait du Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie, auteur humaniste du XVIe siècle. Cette œuvre est décrite par Montaigne dans le chapitre « De l'amitié » de ses Essais comme un essai écrit dans sa prime jeunesse en l'honneur de la liberté et contre les tyrans. Il insiste sur le caractère d'œuvre de jeunesse de ce discours humaniste rédigé probablement entre 1546 et 1548, et vise à souligner les intentions de l'auteur qui veut promouvoir la liberté et lutter contre la tyrannie. Afin d'illustrer son propos, La Boétie déploie une pensée érudite et une satire universelle du paradoxe qu'il constate : comment un seul homme peut-il asservir tout un peuple ?

Problématique Par quels procédés La Boétie cherche-t-il à arracher le peuple à son aveuglement pour l'amener à désirer et à reconquérir sa liberté ?
I
L'appel à une prise de conscience
L. 1–14
A. Apostrophe polémique et universelle
  • Pauvre et misérable peuple… : accumulation d'adjectifs péjoratifs → ton polémique, mépris de l'auteur
  • S'adresse directement aux peuples et aux nations → portée universelle
B. Mise en cause de la complicité du peuple
  • Omniprésence du pronom vous → réquisitoire
  • Dépossession matérielle : champ lexical du vol — pille vos champs, vole vos maisons, les dépouilles des meubles anciens et paternels
  • Ils vivent de sorte qu'ils ne peuvent se vanter que rien ne soit à eux
C. Faute morale et libre arbitre
  • Le peuple fait un mauvais usage de son libre arbitre en choisissant la servitude plutôt que la liberté
  • Parallèle avec Saint Augustin qui prônait le libre arbitre
II
La complicité du peuple
L. 15–40
A. Désacralisation du tyran
  • Il n'a que deux yeux… → il n'a de pouvoir que celui que le peuple lui offre
B. La dépendance du tyran
  • D'où a-t-il tant… → question rhétorique qui dénonce la source du pouvoir tyrannique
C. Double blâme
  • Méfait du tyran entretenu par le peuple
  • Le peuple produit → le tyran prend
III
Exhortation au refus de servir
L. 40–fin
A. Importance du « vouloir »
  • Il suffit de le vouloir faire… → importance du libre arbitre
  • Agit comme un guide en parlant à la première personne
B. Simplicité de s'en sortir
  • Soyez résolu de ne plus servir… : phrase courte → impression de simplicité → liberté instantanée
  • Le tyran s'effondre car soutenu uniquement par le peuple
C. Colosse aux pieds d'argile
  • Référence au rêve du colosse aux pieds d'argile de Nabuchodonosor dans le livre de Daniel
Conclusion

Cet extrait propose une réflexion radicale sur la nature du pouvoir tyrannique et sur la part de responsabilité du peuple dans la perpétuation de son propre asservissement. En combinant l'indignation polémique, la démonstration logique et l'appel à la volonté, La Boétie affirme que le tyran n'est qu'un homme ordinaire dont la puissance repose entièrement sur la servitude volontaire de ses sujets.

Ouverture Retrouver la liberté suppose de prendre conscience de cette illusion, de refuser de servir et d'oser préférer la dignité à la sécurité de l'obéissance — ce que l'on peut rapprocher de la fable Le Loup et le Chien.
Problématique Comment l'exemple historique permet-il de dénoncer les ruses du tyran et la naïveté du peuple ?
I
Exemple de Cyrus et les Lydiens
L. 1–10
A. La révolte des Lydiens et la ruse de Cyrus
  • Exemple historique qui donne du poids au discours — prouve que l'argumentation repose sur du réel
  • Cyrus réellement tyran : champ lexical de la conquête (conquis, réduits à l'obéissance, armée)
B. Gouvernance basée sur la ruse et non la force
  • Cyrus ne veut pas détruire ce qu'il vient de conquérir → utilise la ruse
  • La Boétie décrit ce stratagème comme un expédient extraordinaire de manière ironique
C. Mise en place des distractions
  • Cyrus crée des divertissements obligatoires : maisons de débauches, théâtres, cirques, maisons de jeux
  • Les Lydiens deviennent dépendants et ne pensent plus à se rebeller
  • Donnent même leur nom au divertissement en latin : ludo
II
La généralisation du procédé
L. 11–20
A. Critique universelle des tyrans
  • Portée universelle avec les déterminants indéfinis tous les tyrans, la plupart d'entre eux qui généralisent les actes de Cyrus
B. La faiblesse naturelle des peuples
  • Tous les peuples peuvent se faire asservir de cette manière
  • Peuples qualifiés d'ignorants par opposition aux tyrans plus fiers et mieux inspirés qui ont l'esprit droit
C. Le rôle des spectacles
  • Divertissements = appâts de la servitude pour rendre les peuples dépendants
  • Procédé machiavélique utilisé notamment par César avec les cirques romains
III
L'abrutissement des peuples par le divertissement
L. 20–fin
  • Longue énumération récapitulant tous les procédés de divertissement utilisés par les tyrans, avec rythme ternaire
  • Le mot divertissement à prendre dans son sens étymologique → qui vise à détourner l'attention
Conclusion

À travers l'exemple de Cyrus et des Lydiens, La Boétie généralise une critique intemporelle du pouvoir, en dénonçant la manipulation par le divertissement comme outil central de domination.

Ouverture La portée de ce texte reste actuelle : on retrouve des idées similaires dans 1984 d'Orwell, qui illustre la manipulation des masses par la distraction.
Problématique Dans quel but La Boétie oppose-t-il l'amitié aux véritables relations sous la tyrannie ?
I
L'amitié est incompatible avec la tyrannie
L. 1–7
  • Adverbe certainement → La Boétie affirme l'incompatibilité entre amitié et tyrannie
  • Opposition entre les qualités de l'amitié (bon, naturel, foi, constance) et celles de la tyrannie (cruel, déloyal, injuste)
II
Solitude du tyran
L. 8–17
  • Le tyran est condamné à être seul — impossible d'avoir des relations sincères avec ses sujets
  • Les sujets cherchent toujours plus de pouvoir → se trahissent pour être plus proches du tyran et obtenir des privilèges
III
Se libérer du tyran
L. 17–22
  • Pour se libérer du tyran : arrêter d'attendre des privilèges et nouer de vraies amitiés entre sujets
  • Plus aucun sujet n'ayant de dette envers le tyran → plus aucun moyen de pression
  • Parallèle avec Le Vieux Lion et le Renard d'Ésope
Conclusion

Ce passage montre que la tyrannie détruit les liens fondamentaux de la vie humaine, en particulier l'amitié qui repose sur la confiance et l'égalité. La Boétie met en évidence la solitude du tyran et la corruption morale d'un régime fondé sur la peur.

Ouverture Cette critique de la tyrannie trouve un écho puissant chez Montaigne, ami de La Boétie, qui dans ses Essais célèbre une amitié rare et parfaite.
Texte commun (citation d'accroche + présentation)

« C'est poétiquement que l'homme doit habiter le monde » affirme le poète allemand Hölderlin en 1823. Colette semble suivre ce conseil lorsqu'elle rédige son autobiographie Sido / Les Vrilles de la vigne en 1930 / 1908, dont est extrait le texte que nous allons étudier. Si le recueil Sido déploie un regard sur l'enfance de Colette et sur les membres de sa famille, Les Vrilles de la vigne, œuvre kaléidoscopique, aborde plutôt des souvenirs disparates et variés de sa vie adulte.

Problématique Comment cet extrait permet-il de célébrer Sido et de souligner son héritage, son influence sur l'autrice ?
I
Sido, pythonisse en connivence avec la nature
L. 1–3
  • Imparfait d'habitude accordait → temps de l'enfance, du souvenir, prédominance de la 3e personne
  • COD une importance singulière rejeté à la fin → souligne la singularité de Sido
  • Sido présentée comme une Pythie qui lit les signes de la nature auxquels les autres ne prêtent pas attention
II
L'héritage maternel et son influence sur la narratrice
L. 3–12
A. La permanence de l'héritage maternel
  • Rupture temporelle : le je s'exprime, présent d'habitude demande, répond
  • Colette perpétue les rituels maternels : c'est à cause d'elle, par tendresse invétérée (= enracinée avec le temps)
  • Lien fusionnel mère-fille malgré la disparition de Sido
B. L'interprétation des signes
  • Colette déçue par les réponses météorologiques trop évidentes → décide de recourir aux signaux de la nature comme sa mère
  • Chercher la réponse en elle-même → elle a intériorisé les capacités de sa mère
III
La célébration des pouvoirs d'interprétation de sa mère
L. 12–28
A. Des présages nés d'une observation minutieuse et sensorielle
  • Allitération en [k] : coiffant, cornet, créature → dimension épique, sonorités imitant une bataille entre éléments
  • Sido : figure tutélaire et bienveillante qui protège la nature
  • Imparfait d'habitude : la chatte danse, elle levait les yeux au ciel, elle centralisait les enseignements de l'ouest → mobilise tous ses sens
B. Colette, enfant témoin privilégié des pouvoirs de Sido
  • Je tendis mon oreille → imitation des pouvoirs de sa mère
  • Découverte de la beauté de la nature : les perles d'eau, sur mes joues, sur mes lèvres
  • Par imitation, Colette goûte à la sensibilité du monde
Conclusion

Pouvoirs d'une pythonisse infaillible, univers quotidien partagé : mère et fille ont le même rituel, la même communion avec les forces naturelles. L'identité est héréditaire chez Colette — la quête de soi passe par la célébration de la figure maternelle centrale.

Ouverture Cet extrait peut faire penser à Albert Cohen dans Le Livre de ma mère où il célèbre sa mère et tout ce qu'elle lui a appris.
I
Un dialogue amoureux reconstitué, avec un « tu » complice
L. 1–8
A. Symbolique amoureuse des violettes
  • Les violettes en COD en début de phrase → rôle important annoncé
  • Violette évoquée par Sappho comme signe de reconnaissance lesbien → dit de manière allusive que le tu est une femme (Missy)
  • Forte présence des 1re et 2e personnes du singulier + comparaison comme moi → complicité, intimité
  • Jeu amoureux, fausse dispute : non, non, tu te trompes, tu protestes, tu hoches la tête + oxymore avec ton rire grave
  • Impératif cesse cette taquinerie → fin du jeu complice
B. Le pouvoir évocateur de l'enfance
  • Formule enfantine plus mauve : non plus bleue → surgissement du passé lointain
  • Registre merveilleux : philtre, abolit les années, ressusciter
  • Champ lexical de l'odorat (narines, parfum, respirant) + vue (regarde) → invitation à la contemplation
II
Réminiscences de l'enfance suscitées par les violettes
L. 9–21
A. Des paysages naturels mystérieux et fleuris
  • Retour de plus mauve, non plus bleue + points de suspension → passage à la rêverie
  • Longue description lyrique et poétique des souvenirs d'enfance : presque chaque élément qualifié par un adjectif
  • Prose poétique : allitérations en [p] et [b], assonances en [oi], [et], [ou], allitérations en [s]
  • Personnification + métaphore cœur safrané
B. Une enfant solitaire
  • 3e personne → effet de distanciation, Colette s'observe elle-même
  • Enfant silencieuse → rapport difficile avec les autres
  • Nostalgie douce-amère : l'école = lieu d'enfermement (opposé à la nature)
C. Ode aux violettes
  • Nom violette répété sept fois + expansions variées
  • Apostrophe lyrique : ô fleurs de mon enfance, vous montez devant moi — interjection ô + exclamation → lyrisme fort
  • Vous montez devant moi : métaphore soulignant la puissance de cette vision qui s'impose
Conclusion

Sensuel, cet extrait permet à la fois à Colette de déclarer son amour à Missy et de s'immerger dans son enfance, dont le souvenir est fortement lié à la nature. Caractéristique de l'écriture impressionniste de Colette, du sensualisme et de la prose poétique qui célèbrent le monde avec lyrisme.

Ouverture La mémoire olfactive comme moteur du souvenir peut être rapprochée de Marcel Proust dans Du côté de chez Swann.
Problématique Comment cette déambulation dans les bois permet-elle une réflexion sur soi-même et la connaissance intime du monde ?
I
Une immersion dans la forêt, et en elle-même
L. 1–3
  • À la première haleine de la forêt, mon cœur se gonfle → relation intime, symbiose entre forêt et narratrice
  • Forêt personnifiée, narratrice animalisée (se dresse, tressaille, pointe les oreilles, narines ouvertes) → symbiose être/forêt
  • Perception sensorielle synesthésique : boire le parfum
  • Forêt = personnage à part entière (conception panthéiste de la nature)
  • Dédoublement : un ancien moi-même → la forêt ressuscite un être dormant
  • Oxymore triste allégresse + allitérations en [s] et [r] → frisson d'émotion et de nostalgie
II
Le cycle naturel de la vie dans le taillis : pourriture et éclosion
L. 4–10
  • Allées couvertes = tunnel de verdure, espace clos → air lourd : lourd, musqué (rythme binaire)
  • Champ lexical du parfum très développé : musqué, vague molle de parfum, l'arôme, ils embaument
  • Précision remarquable des senteurs identifiées : fraise, framboisée, chèvrefeuille, miel, champignons, truffe, tubéreuse
  • Couleurs individualisées : verdâtre, rouge de cerise mûre, blanc fragile et mat de gant neuf (métaphore)
  • Cycle vie/mort : décomposition (mûrit, noircit, tremble et tombe, suave pourriture) puis éclosion (champignons nés de cette nuit)
  • Images de rondeur : ronde comme une perle, ronde de champignons, emperlés → symbolisme de la métamorphose intérieure
III
Un décor étrange et inquiétant
L. 11–15
  • La futaie s'oppose trait pour trait au sous-bois : temps linéaire (centenaire) vs cycle naturel
  • Immobilité de la mort : gradation descendante l'herbe, la fleur, la mousse et jusqu'à l'insecte
  • Absence de sensations : silence, obscurité (verte obscurité, ignore le soleil, l'ombre impérieuse), sans parfum
  • Image politique : solennelle, impérieuse, bannie → toute-puissance despotique
  • La forêt ennemie de l'homme l'écrase → l'être humain n'est plus dominant
IV
Le papillon comme symbole de la métamorphose personnelle
L. 16–22
  • Retour à la 1re personne → symbiose par le toucher : tout près de ma joue, tronc de l'orme où je m'adosse
  • Identification précise de l'insecte : lichénée → fierté enfantine de connaître le nom exact ; pouvoir sur le monde par le langage
  • Gradation de l'éclosion : clos, il ouvrira, il s'épanouira, montrant → certitude de la renaissance
  • Personnification du papillon comme danseuse aux dessous voyants, juponnage de fête et de nuit → représentation de l'autrice elle-même
Conclusion

Cette description du sous-bois devient le symbole d'une exploration de soi à travers le paysage intérieur. L'enchantement de Colette face à la nature montre qu'elle s'enrichit de chaque expérience sensorielle. Ce texte célèbre la connivence de l'être et du monde : la poéticité de la description et le soin apporté au langage en font un véritable poème en prose.

Ouverture Le symbolisme de la forêt qui rapproche paysage intérieur et extérieur peut être comparé au poème Correspondances de Baudelaire dans Les Fleurs du Mal.
À dire à l'oral

Le texte que nous allons étudier est extrait du Menteur de Pierre Corneille, dramaturge du XVIIe siècle. Dans cette comédie parue en 1644, le spectateur découvre un jeune homme nommé Dorante qui s'invente une vie rocambolesque faite d'exploits imaginaires dans le but de séduire et de briller en société. À travers ce personnage menteur et plein d'imagination, Corneille met en scène le jeu des apparences et les nombreux quiproquos provoqués par le mensonge. Ainsi, cette œuvre mêle divertissement et réflexion sur les rapports humains et sur le pouvoir de la parole.

À adapter selon le texte étudié
Problématique Comment le mensonge agrémente-t-il cette scène de séduction ?
I
Dorante se présente en héros tragique persécuté
v. 1
  • C'est l'effet du malheur qui partout m'accompagne : adverbe hyperbolique partout
  • Guerre d'Allemagne : ancre la pièce dans un cadre réaliste
  • Prétend être amoureux depuis un an : amour ni soudain ni passager
  • Réplique de Clarice Quoi ! vous avez donc vu l'Allemagne et la guerre ? → plus sensible à l'expérience militaire qu'à la déclaration d'amour
  • Je m'y suis fait quatre ans craindre comme un tonnerre : comparaison héroïque → stupéfaction de Cliton
II
Les exploits inventés malgré les interruptions du valet
v. 2
  • Dorante ignore la réplique de Cliton et continue de conter des exploits
  • Stichomythie entre Dorante et Cliton → scène comique, le valet tente de ramener Dorante à la réalité
  • Comique de geste (didascalie le tirant par la basque) + comique de mot (je me donne au diable, misérable, maraud)
III
Tirade galante : le coup de foudre inventé
v. 3
  • Dorante prétend que son coup de foudre pour Clarice l'aurait éloigné de sa carrière militaire
  • Codes de l'amour chevaleresque hérité du Moyen Âge + galanterie de son époque
  • Locution elliptique N'était que → soudaineté du coup de foudre
  • Parallélisme des infinitifs : vaincre, commander, enfler → ampleur du sacrifice de la gloire à l'amour
  • Chute de tirade : mission chevaleresque de servir sa dame
Conclusion

Cette scène remplit sa fonction d'exposition en montrant que le désir de plaire est l'une des principales motivations des mensonges de Dorante. Parallèle possible avec Matamore dans L'Illusion comique de Corneille.

Problématique Comment cette scène de dispute met-elle aux prises une jeune femme lucide mais amoureuse et un prétendant fragilisé par le dévoilement de ses mensonges ?
I
Accusation des femmes
v. 1–10
  • Ah ! Pour vous je pourrai tout, Madame, en tous lieux, contre tous : interjection + exclamation → déclaration engagée
  • Réponse de Clarice en contraste : froideur, certitude (vous l'êtes, je sais), elle révèle qu'elle en sait plus qu'il ne croit
  • Dorante nie son mariage (première fois qu'il ne ment pas — il n'est réellement pas marié) : champ lexical du théâtre (pièces, divertir) = métaphores du mensonge
  • Vers partagé en hémistiche entre Clarice et Lucrèce : Est-il un plus grand fourbe ? / Il ne sait que mentir → les deux femmes s'accordent
II
Dorante demande à se justifier
v. 11–21
  • Adverbe non + épithète faux → Dorante défend sa position avec assurance
  • Il m'est aisé → sûr de lui, ce qui trouble Clarice (on dirait qu'il est vrai)
  • Champ lexical du mensonge persistant : effronterie, menterie
  • Dorante relève le défi : promesse de mariage immédiate
  • Clarice choquée : interjection Eh ! + hyperbole un jour / deux mille → elle ne lui fait pas confiance
III
Le menteur dévoilé
v. 22–fin
  • Clarice déploie son accusation : jugement de valeur ce que mérite un homme tel que vous
  • Ironie par antiphrase : mérite, sa méthode est jolie
  • Accumulation d'accusations : passé guerrier, présence à Paris, amour d'un an, fausse fête, prétendu mariage
  • Intervention finale de Cliton → retombée de tension, retour au comique
Conclusion

Scène particulièrement complexe où chaque personnage est à la fois trompeur et trompé. Seul le spectateur a une vision claire. Dorante ignore que la jeune femme qu'il courtise est Clarice et non Lucrèce. La scène du balcon, lieu commun de l'expression amoureuse (de Roméo et Juliette à Cyrano), se transforme ici en véritable dispute.

Problématique En quoi ce dénouement de comédie est-il original ?
I
Une déclaration d'amour exclusif
v. 1755–1759
  • Coup de théâtre : Dorante venait de réitérer son amour pour Clarice
  • Interprète la colère de Lucrèce comme preuve de son amour pour lui
  • Prétend renoncer à la malhonnêteté : mais je vous ai moi-même enfin assez joué d'adresse
  • Il faut vous dire vrai → ironique dans la bouche d'un menteur incorrigible, souligné par l'aparté de Clarice
II
L'ultime supercherie
v. 1760–1776
  • Didascalie à Lucrèce → dédaigne Clarice, ne s'adresse qu'à Lucrèce
  • Retourne l'accusation de tromperie : se fait passer pour la victime du changement d'identité
  • Sa déclaration à Clarice n'aurait été qu'une vengeance
  • Distinguo : elle avait mes discours mais vous aviez mon cœur
  • Clarice en aparté : fourbe sur fourbe, tour de passe-passe
III
Un double mariage
v. 1777–fin
  • Demande en mariage à Lucrèce — Dorante se fait passer pour celui par qui la vérité arrive
  • Qu'à de telles clartés votre erreur se dissipe : métaphore de la vérité (ironie)
  • Renvoie Clarice à Alcippe comme s'il lui avait rendu service
Conclusion

Cette scène rend possible le dénouement de comédie — deux mariages. Elle assure le triomphe de Dorante. Parallèle avec le trio de Dom Juan et les deux paysannes dans Dom Juan de Molière.

Introduction commune

Le texte que nous allons étudier est extrait d'une pièce de Marivaux, dramaturge du XVIIIe siècle célèbre pour le marivaudage, c'est-à-dire un jeu subtil de la parole et des sentiments amoureux. Comme l'affirme Jean Rousset, « Toute pièce de Marivaux est une marche vers l'aveu ». En effet, dans son théâtre, l'aveu amoureux est recherché, attendu et espéré par les personnages comme par le spectateur. Toutes les étapes du marivaudage mènent ainsi au dénouement, marqué par l'aveu réciproque et la symphonie amoureuse, et révèlent qu'il sera atteint grâce à la parole sincère du cœur. Ainsi, cette scène illustre à la fois le pouvoir du langage et la naissance progressive des sentiments amoureux.

Problématique En quoi la mise en abyme dans cette pièce est-elle représentative du théâtre de Marivaux ?
I
La mise en place du stratagème
L. 1–13
  • Araminte directive et assurée : didascalie d'un air délibéré + 2 impératifs Ne vous embarrassez pas, écrivez le billet
  • Mise en abyme : Araminte joue un rôle pour forcer Dorante à avouer ses sentiments
  • Réaction de surprise de Dorante : interjection Eh ! + question pour qui, madame ?
  • Ironie : prétend vouloir rassurer le Comte, mais tourmente Dorante
  • Didascalie Dorante reste rêveur → trouble visible
  • Stichomythie → émotion de Dorante + aparté révélant son désarroi
  • Dubois m'a trompé → doute sur le piège organisé par Dubois
II
La dictée
L. 14–24
  • Impératif écrivez, Hâtez-vous → caractère autoritaire + adjectif sûr pour désespérer Dorante
  • Triple énonciation : la lettre est destinée au Comte (1er récepteur), mais le vrai destinataire est Dorante, et le public est le récepteur principal
  • Répliques courtes de Dorante + comment, madame ? → désarroi
  • Négations il ne dit mot, est-ce qu'il ne parlera pas → Araminte envisage l'échec
  • Interjection Ciel ! + je suis perdu → bouleversement de Dorante
III
L'échec du stratagème
L. 24–fin
  • Araminte commente la fébrilité de Dorante à travers des didascalies internes
  • Atténuation de Dorante : Je ne me trouve pas bien → dissimule sa souffrance
  • Araminte ironique : Quoi ? Si subitement
  • Le cœur me bat : Araminte prend conscience de ses propres sentiments → échec du piège
  • Dorante comprend la manipulation : Ne serait-ce point pour m'éprouver ?
Conclusion

Cette scène est caractéristique du marivaudage : elle associe le refus de formuler le sentiment amoureux chez Dorante et la prise de conscience de l'amour chez Araminte.

Introduction

Jean Giono a vécu et écrit toute sa vie en Provence, région qui marque toute son œuvre. Dans Un roi sans divertissement, il donne vie à des personnages imaginaires dans un monde très réel. Le narrateur raconte en 1946 des événements qui commencent un siècle plus tôt et décrit le rôle étonnant d'un arbre centenaire qui traverse le roman à toutes les époques du récit.

Problématique Comment, à travers une description élogieuse, Giono célèbre-t-il l'arbre qui cache une menace plus inquiétante ?
I
Présentation élogieuse de l'arbre
L. 1–4
  • Le hêtre de la scierie : seule mention explicite → personnage central de l'extrait
  • Variation des temps : imparfait dominant + irruption du présent → narrateur interne
  • Sa jeunesse, son adolescence : personnification, étapes de vie
  • D'une carrure, d'une étoffe : jeune homme dans la pleine force, vêtements quasi royaux
  • Cent coudées au-dessus de tous les autres arbres, même de tous les autres arbres réunis : éloge sans retenue
II
Éloge du feuillage
L. 4–14
  • Allitération en [d] et [t] puis à nouveau [d] → abondance des sons = abondance des feuilles
  • Pétri d'oiseaux et de mouches ; il contenait autant d'oiseaux et de mouches que de feuilles → dimension extraordinaire et fantastique
  • Charruait, éclaboussait, fumée, soufflait → puissance divine associée aux 4 éléments
  • Énumération d'insectes (abeilles, taons, mouches, guêpes, papillons) → éphémère vs éternité de l'arbre ; insectes souvent associés à la mort → premiers indices inquiétants
  • C'était autour de lui une ronde sans fin → l'arbre est central, y compris dans le récit
III
Changement de tonalité : la dimension inquiétante
L. 15–fin
  • Lexique des couleurs d'abord festif puis : mordoré → atmosphère de mort
  • À l'automne, avec ses longs poils cramoisis → nuances plus sombres et inquiétantes
  • Il n'était vraiment pas un arbre → négation, l'arbre est autre chose d'indéfini
  • Forêts personnifiées comme public sur des gradins → dimension tragique, lexique du théâtre
  • Il crépitait comme un brasier → son inquiétant, avertissement de danger
  • Il dansait comme seuls savent danser les êtres surnaturels → danse hypnotique, danse de mort
  • Champ lexical du sacré : prodigieuse, miraculeuse, dieux, sacerdotale
  • Deuxième apparition du serpent (hypnotisait comme l'œil des serpents) → animal maléfique dans de nombreuses cultures
  • Allitération en [s] + contraste rouge/blanc : sang des oies sauvages sur la neige, érables ensanglantés → vie/mort, naturel/monstrueux
Conclusion

Dans cet extrait, la description du hêtre a un rôle symbolique, narratif et esthétique. L'écriture de Giono se rapproche de celle de Colette avec une célébration joyeuse du monde qui bascule vers une dimension plus sombre, tout en restant profondément poétique.

Introduction

Jean de La Fontaine est un auteur moraliste du XVIIe siècle appartenant au mouvement du classicisme. Il remet au goût du jour le genre de la fable en s'inspirant d'anciens auteurs de l'Antiquité comme Ésope ou Phèdre. Dans ses fables, il utilise le monde animal pour dénoncer les injustices de son siècle. Comme il le dit lui-même : Il se sert des animaux pour instruire les hommes.

Problématique De quelle manière La Fontaine fait-il l'éloge de la liberté ?
I
Présentation des personnages
v. 1–9
  • Deux animaux personnifiés et opposés — l'un est la version domestiquée de l'autre
  • Loup décrit en un seul vers, de manière péjorative : n'avait que les os sur la peau — état pitoyable
  • Chien décrit plus longuement avec adjectifs mélioratifs : aussi puissant que beau, Dogue, gras poli
  • Le Loup est maigre à cause des chiens (tant les chiens faisaient bonne garde)
  • Ironie du narrateur : sir Loup — le loup normalement fort de la forêt contraste avec son état pitoyable
  • Après les verbes d'action (attaquer, mettre en quartier), le loup se ravise → l'aborde humblement
II
Le dialogue
v. 10–31
  • Loup complimente le Chien sur son embonpoint → Chien explique que cela ne tient qu'à lui
  • Parallèle : riche qui dénigre un pauvre + courtisan flattant un supérieur pour obtenir des récompenses
  • Chien explique les actions banales à accomplir : donner la chasse aux gens, flatter ceux du logis
  • Récompenses : os de poulets, de pigeons, mainte caresse
  • Le Chien minimise les devoirs et embellit les récompenses → conquiert le Loup (il se forge une félicité)
III
Renversement de situation et réponse du Loup
v. 32–41
  • Le Loup remarque la trace du collier → Chien contraint d'avouer dans la gêne
  • Le Loup regagne en prestance — désormais maître Loup sans ironie
  • Le Loup part en courant pour fuir ce qui aurait pu lui enlever sa liberté
Conclusion

L'opposition entre les deux animaux et leurs conditions de vie révèle le sens de la fable. Le Loup préfère la fuite et la pauvreté au confort et à la servitude. Malgré l'éloquence du Chien, ses devoirs envers ses maîtres sont déshonorants.